Nouvelle vague – In a manner of speaking

Reprise du groupe Tuxedomoon par le projet français Nouvelle vague, qui reprend des classiques (de Depêche Mode à Blondie en passant par Violent Femmes) à la sauce bossa nova… Ca me rappelle un peu l’envoutante Dirge de Death In Vegas.
« In a manner of speaking
I just want to say
That I could never forget the way
You told me everything
By saying nothing

In a manner of speaking
I don’t understand
How love in silence becomes reprimand
But the way that I feel about you
Is beyond words

Oh give me the words
Give me the words
That tell me nothing
Ohohohoh give me the words
Give me the words
That tell me everything

In a manner of speaking
Semantic’s won’t do
In this life that we live we only make do
And the way that we feel
Might have to be sacrified

So in a manner of speaking
I just want to say
That just like you I should find a way
To tell you everything
By saying nothing

Oh give me the words
Give me the words
That tell me nothing
ohohohoh give me the words
Give me the words
That tell me everything »

J’aimerais que les hommes soient comme des chansons. Celles que j’aime le plus sont celles que je découvre par hasard. J’ai le coup de foudre, elles m’ouvrent une autre perspective. Je les écoute en boucle, en boucle, les apprends sur le bout des doigts. Et puis je les oublie, elles sortent du champ de mes pensées. Cela ne veut pas dire que je ne les aime plus. La preuve étant, quand je les réentends parfois des années après, je retombe amoureuse. Tout cela sans souffrir de leur non-présence dans ma vie.

Comme un arbre sans feuilles

. Le social et le paraître primant sur l’être, au point de se perdre. Simplement légère, comme l’une de ces crèmes minceur qu’ils font, meilleures pour la ligne mais tellement fades. Alors que je mouvoie ce corps engourdi et anesthésié, mon coeur lui, se fait lourd, lourd, lourd.
Une autre soirée //
Une belle soirée où l’alcool coule à flots, ou corps et bouteilles s’entrechoquent, au milieu des cendriers remplis à ras bord de mégots. Une soirée non une magnifique nuit, étoilée qui sait ? Pleine de musique, pleine de mauvaise bouffe, pleine de paroles et de conversations oubliées au plus tard le lendemain matin.

/// Une belle soirée… A en vomir.

Whatever !

Reading Dostoïevski

Gribouillis de l’époque où j’lisais Crimes et Châtiments… Raskolnikov est un des personnages les plus brillamment écrits que j’ai pu découvrir dans mes lectures. On a tous une part de lui en nous.

Ramona Falls – I say fever

On m’a envoyé ça il y a quelques temps. Je me décide seulement à cliquer sur le lien. Et pourtant l’ami qui me l’a envoyé a le chic pour toujours me faire découvrir quelque chose auquel j’adhérerai à presque tous les coups. C’est le cas ici, et je vous livre sa trouvaille.

Un clip superbe signé Ramona Falls,  qui avec ce premier clip nous ouvrent les portes d’un univers qui n’est pas sans me rappeler Radiohead (encore ceux-là), Sneaker Pimps, Bat for Lashes, Peter Von Poehl, PJ Harvey ou encore BlondeReadhead, bref c’est dans la trempe indie rock planant. Leur influence, selon leur Myspace ? Du chocolat, en grande partie. Quelques petites pépites de piano cristallines, des éclats de mandoline, un fourrage à la guitare folk, parfois agrémenté de quelques morceaux d’électrique. C’est tendre et c’est un délice pour les oreilles. Oui, comme du chocolat, la crise de foie en moins.

Ramona Falls n’est pas un groupe, c’est un projet dirigé par Brent Knopf (à droite), membre du groupe Menomena et basé à Portland. De nombreux guest musiciens ont participé à la mise en oeuvre de Intuit, leur premier LP.

Enfin, pour ceux qui comme moi ont été impressionnés par les images de la vidéo, le réalisateur s’appelle Stefan Nadelman, et depuis son premier court-métrage Latin Alive en 2000, il ne cesse de rafler les prix. Il a entre autres participé à la réalisation de publicités. Il collabore depuis 2006 avec Brent Knopf, et a réalisé, en plus de I say fever, le clip Evil Bee.

Bref, je vous invite à ouvrir la boite de chocolats qu’est Intuit, dès maintenant !

Tony Leung Chiu Wai – Huayang nian hua

Avec une vidéo très sobre dirigée par le cinéaste Wong Kar Wai. Celui-ci est connu pour ses films inspirés  principalement par la nouvelle vague avec notamment les fantastiques Days of being wild (1991), Chungking Express (1994) et In the mood for love (2000), films dans lesquels Tony Leung Chiu Wai joue. Cette chanson – éponyme au film en mandarin – en explore les mêmes thèmes, à savoir le regret des temps passés et les actes manqués. Comme toujours chez Wong, la façon compulsive qu’ont les personnages à fumer représente le temps qui fuit, la vie qui s’amenuise. En tirant sur leur cigarette, ils semblent provoquer délibérément cette fuite du temps, comme pour précipiter encore plus loin un passé qu’ils aimeraient revivre ou bien oublier.
Le titre original, Huayang nianhua, est en chinois une expression signifiant littéralement « les années des fleurs », et se réfère aux temps révolus, avec une pointe de nostalgie.
Je ne suis pas fan de pop sirupeuse, mais ce morceau (enfin… surtout le film) a eu sur moi, en l’année des fleurs 2007, un effet poignant, en vue des circonstances pendant lesquelles je l’ai découverte.
Ici, les images comme la musique sont sans fioritures, les quelques accords posés au piano restent les mêmes, implacables, comme le tic-tac d’une horloge, les paroles même sont répétées à deux reprises, et seul le violon et les voix s’emportent en choeur, avant de se résigner à la fin (avec ce soupir très significatif de Tony), tout comme dans le thème de Yumeji d’Umebayashi qui retentit maintes fois dans le film. 
 Enfin, on ne peut qu’admirer Tony Leung Chiu Wai (et sa compagne, dommage que ce ne soit pas sa partenaire dans le film, Maggie Cheung), qui en plus d’être un acteur polyglotte et caméléon au jeu très subtil, nous communique très justement le ressenti des paroles, avec de simples regards et cette gestuelle si pondérée, presque retenue.
 Je m’arrête là. Un post compulsif d’insomniaque.

The good, the bad and the queen

Titre extrait de l’album éponyme, du groupe éponyme (:D) dont le chanteur est Damon Albarn, celui-là même de Blur et Gorillaz. Apparemment, le rituel du clip est issu du mouvement spirituel soufique. En tous cas, la chanson autant que la vidéo sont bien planantes. 
 C’est pas tout nouveau mais j’avais envie de partager ça.

Shinkai Makoto, Miyazakieste

Animateur japonais, que je considère un peu comme un des dignes successeurs de Miyazaki (et en vue des articles récents que j’ai pu lire, je ne suis pas la seule), il se fait connaître avec un court-métrage, Kanojo to kanojo no neko, littéralement « Elle et son chat »(1999), un chef d’oeuvre d’animation, sobre et poignant à la fois, qui narre l’histoire d’une jeune fille du point de vue de son chat.
Je vous invite à (re)découvrir ce petit bijou ci-dessous.

Alejandro s’ramène au bar

Dans un souci d’homogénéité, j’essaie de rassembler sur ce blog tous les articles rédigés de ci de là. Voilà la traduction de ma critique de deux films du réalisateur espagnol Alejandro Amenábar. (Version en anglais ici)

Je viens juste de regarder deux films du jeune réalisateur Alejandro Amenábar.

Le premier s’intitule Abre los ojos (Ouvre les yeux), 1997, que la plupart des gens connaissent mieux dans sa version américaine Vanilla Sky (avec Tom Cruise et Penélope Cruz, qui nous fait le plaisir de sa présence dans les deux films) de Cameron Crowe. Je suis contente de ne pas avoir vue le remake quand j’en ai eu l’occasion il y a plusieurs années , ma mère étant une grande fan de Tom Cruise (bien qu’heureusement son attrait pour lui se soit attenué depuis ses délires scientologiques et katiesques, bref), ce visionnage aurait clairement gâché le plaisir que j’ai eu en regardant la version espagnole.

L’histoire ? César, beau gosse pété de thunes mène une vie épicurienne pleine de coups d’un soir jusqu’à ce que l’un d’entre eux, Nuria veuillle – pas juste une petite envie de poulet à 2 heures du matin, non – non elle veut vraiment que ça ne dure pas qu’un soir. Bien sûr, notre homme à femmes s’en fiche totalement et alors qu’il essaie de la semer lors d’une de ses fêtes, il fait la rencontre de la belle Sofia (Pénélope Cruz) et… évidemment elle fait de notre Don Juan un Prince Charmant éperdument amoureux. Ca aurait pu finir comme cela et nous aurions une énième comédie romantique new-yorkaise – euh madrilène. Vous pouvez vous arrêter ici si vous ne voulez pas que l’intrigue vous soit dévoilée.

Mais voilà que Nuria refait son entrée. Elle lui propose de le ramener en voiture et notre Don Juan bien fatigué accepte. Il ne cille pas trop quand sa conductrice avale une poignée de pilules et commence à parler du bonheur, non. Il commence à flipper quand elle se met à conduire de plus en plus vite. Caramba, nous voilà projetés hors de la route !
Elle meurt. Il vit. Il tient plus d’Elephant Man que de Banderas à présent. Mais ça n’est pas le pire. Les projections dans l’avenir de notre protagoniste nous montre qu’il est désormais à l’asile, accusé de meurtre.

Je n’en dirai pas plus. Juste que nous avons là l’un de ces thrillers à couper le souffle. Tout se mélange et se recoupe comme dans un mauvais rêve.

Le second film s’intitule Les autres, avec Nicole Kidman. L’intrigue se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale et nous raconte l’histoire d’une bigote qui vit dans une maison assez glauque entourée de brume avec ses deux enfants photophobes.
Ses domestiques sont partis, envolés. Elle en emploie trois nouveaux. Peu près, les six personnages assistent à des évènements assez étranges dans la maison. On dirait qu’ils ne sont pas seuls.
Ça a l’air cliché comme ça, non ? Bien que d’apparence, il soit très conventionnel, ce film a ses moments de frisson efficaces sans avoir à recourir à des tonnes de peinture rouge et d’effets spéciaux, et a des retournements de situations assez surprenants. Il vaut mieux que la plupart des films du genre qu’on a l’habitude de voir ces temps-ci, dans mon humble opinion.

Otaku les enfants du virtuel

Avant toute chose, il est important de définir le terme le plus important de l’ouvrage. D’après l’auteur et d’autres sources, le sens premier d’otaku est littéralement « votre maison, votre foyer » et par extension, il est une façon polie de s’adresser à son interlocuteur, équivalent au vouvoiement français, mais plus impersonnel.
Nakamori Akio, un chroniqueur à l’Asahi Shinbun, détourne le terme en 1983 et s’en sert pour désigner cette nouvelle génération de japonais consommatrice à l’extrême, friande de culture populaire, liberée des contraintes économiques et politiques de la guerre, et qui répugne à mûrir et à affronter la réalité. Le terme otaku s’avère adéquat en ce sens que ces jeunes s’isolent, pas seulement physiquement car pour ce phenomène le terme d’Hikikomori (adolescents et jeunes adultes qui s’isolent dans leur chambre, n’en sortant que pour les besoins les plus vitaux )est plus approprié, mais qui se servent de l’univers virtuel que leur apporte les médias pour s’échapper des contraintes du quotidien et des relations avec autrui.

Dans l’ouvrage, Etienne Barral va tenter de déterminer les origines précises, non seulement sociologiques mais aussi psychologiques de l’otakisme (néologisme répété maintes fois dans le livre) qui va se réveler être un phénomène bien plus complexe et polymorphe qu’il n’y paraît, véritable reflet du profond malaise qui touche les nouvelles générations nippones, tiraillées entre les anciennes valeurs qui firent la fierté du pays, la pression scolaire et sociale implacable et le désir d’individualisme propre à notre civilisation occidentale actuelle. Ainsi, l’auteur s’éloigne parfois un peu du phénomène d’otakisme en lui-même pour dresser un portrait du Japon à l’ère du nouveau millénaire, un portrait peu glorifiant d’un pays aux nouvelles technologies tellement développées qu’elles semblent parfois écraser les individus…

L’ouvrage se découpe en trois grandes parties. Les deux premières parties, Dans la Société des Otaku et Les Otaku dans la Société, sont intrinsèquement liées entre elles, s’expliquant et se recoupant l’une autre, faisant souvent mention des mêmes thèmes mais sous des angles différents. La troisième partie, l’Otakaumisme, fait mention du cas particulier de la secte Aum et de ses liens avec l’Otakisme.

Dans la Société des Otaku, ou un microcosme reflétant les problèmes et perversions du macrocosme nippon.

Dans cette première partie, Etienne Barral s’entretient avec différents otaku aux centres d’intêrets parfois différents mais qui ont tous des traits de caractères communs : ils vouent une grande passion à un domaine particulier qui prend toute leur attention, ils ont des difficultés ou ne ressentent pas le besoin des rapports à autrui et vivent dans la fascination de jeux, d’objets, de personnages fictifs ou de personnalités celèbres. Certains abandonnent toute carrière aussi prometteuse soit-elle pour s’adonner à la construction de maquettes ou à la fabrication de poupées correspondant à leur idéal féminin.
Ces jeunes gens sont tous marqués par un grand manque de confiance en eux, par la peur de l’engagement et un rapport égoïste à l’autre, tel celui du bébé à sa mère. Ils vivent dans un univers de besoins et pour y répondre sans la contrainte de se plier aux désirs de l’autre, ils s’évadent dans un monde de fantasmes matérialisé par des robots, poupées, des jeux vidéos d’aventure ou de simulation amoureuse, des photos de jeunes filles en uniformes scolaires, des idols (ou célébrités typiquement japonaises, promues aux rangs de déesses et soumises à une grande pression pour rester en haut de l’affiche ) ou des manga plus ou moins érotiques.
Les otaku sont des êtres plein de paradoxes. Incapables de relations sociales, ils ont un énorme besoin d’amour et d’attention. Solitaires, timides et renfermés, c’est pourtant en groupes qu’ils se permettent des travers tels que suivre telle célébrité à la trace dans tout l’archipel (on appelle ce genre d’otaku des ikkake, ou fileurs à la trace) ou de prendre des clichés des sous-vêtements de leurs idoles quitte à se faire confisquer leur matériel.
L’auteur dénonce la perversion et l’hypocrisie de la société japonaise qui dénigre les otaku, mais qui a bien compris leur potentiel de consommateurs frénétiques. Le phénomène otaku est en effet un marché très lucratif, avec son lot de poupées, jeux vidéos, manga et produits dérivés mais ils sont paradoxalement synonymes de honte pour la société. Le cas de l’otaku ayant tué quatre petites filles, Miyazaki, est l’une des premières causes du mépris qu’ils inspirent mais ils sont surtout le reflet des problèmes à plus grande échelle du pays. Ainsi, l’abondance de manga, de photos ou de jeux à caractère sexuel semble démontrer un problème sous-jacent de la société japonaise qui prive très tôt ses adolescents de tout épanouissement social et les cloître dans un système scolaire puis professionnel trop exigeant basé sur la réussite, la mémorisation par coeur et la compétition acharnée. Il est difficile pour un adolescent de se construire une personnalité saine dans de telles conditions. La société qui stigmatise les travers des otaku  semble avoir oublié que depuis longtemps, les Japonais sont friands d’érotisme, comme en témoignent certaines Ukiyo-e ( ou estampes ) de l’Ere Edo, tolérés avant que la morale judéo-chrétienne occidentale n’influence la mentalité nippone.
En réaction à cette pression parfois trop forte, les otaku tentent de braver les interdits sociaux, consommant de manière détournée, apportant des capitaux mais ne produisant rien, copiant leurs auteurs favoris dans des fanzines de manga, prenant leurs « idoles » pour de simples objets sexuels. Ils refusent de se soumettre aux valeurs traditionnelles assignées aux hommes et aux femmes comme le démontrent les exemples des manga pour jeunes hommes parfois violents, symboles de leur frustration par rapport à une mère trop protectrice et exigeante, ou des yaoi, manga pour filles mettant en scène des relations amoureuses entre jeunes hommes effeminées, les délivrant du schéma typique des contes de fées. Les otaku s’échappent dans une sous-culture qui leur permet de s’affirmer mais y reproduisent les schémas pervers de la société qu’ils rejètent. C’est à qui sera le meilleur collectionneur, admirateur et non plus celui qui entrera dans la meilleure université et aura la carrière la plus prestigieuse. C’est un véritable cercle vicieux, une sorte de rébellion qui est à la fois réprimée et alimentée.
Avec compassion, l’auteur explique les origines de ce phénomène de l’otakisme. Il est le résultat d’une trop grande prosperité économique malgré la crise du début des années 90, mais surtout d’une consommation de masse et d’une compétivité poussées à l’excès après la deuxième guerre mondiale. Les jeunes japonais ne parviennent plus à s’identifier aux valeurs de leurs aînés, désormais inutiles. Ils n’ont plus de raison de se battre, ils ont tout ce qu’ils désirent matériellement, pourtant on continue à les presser vers une société toujours plus exigeante et peu soucieuse des individus à part entière. Aussi se réfugient-ils dans un univers aux héros courageux auxquels ils peuvent s’identifier. L’auteur compare les otaku japonais aux toxicomanes de nos contrées, et il est vrai qu’ils sont similaires en ce point qu’ils cherchent à fuir une réalité trop éprouvante.

Les otaku dans la société, ou les causes extérieures de l’otakisme.

Dans cette seconde partie, l’auteur reprend les grands thèmes de la première en s’attardant non pas sur les otaku, mais sur la société qui les a crées et ses déviances.
Le Japon a depuis longtemps été un pays fondé sur le groupe et non pas les individus. L’auteur associe notamment cela à la culture du riz, aliment important chez les Japonais, qui est une céréale qui nécessite des soins extrêmes ne pouvant être promulgués par une seule personne. Passée cette anecdote historique, il explique en quoi le système de fonctionnement des otaku est lié à un système d’éducation qui dès la petite enfance, exige des petits Japonais qu’ils correspondent parfaitement aux désirs de leurs parents. Pouponnés, chéris, éduqués et aiguillés dans leur scolarité par leur mère qui laisse souvent sa carrière professionnelle de côté pour cela, les jeunes japonais n’ont guère le choix de leur orientation. Ils se doivent de répondre à des exigences précises. L’auteur traite notamment de la notion d’hensachi (classement des étudiants par niveau à l’origine de la compétition ), très importante dans la société japonaise.
L’uniforme scolaire japonais est l’un des symboles les plus représentatifs du système éducatif. Il symbolise l’uniformisation extrême désirée par la nation, qui malgré ses idées progressistes et démocratiques d’après guerre, a vite retrouvé les idéaux nationalistes qui caracterisent l’archipel depuis sa période médiévale. Ainsi, cet extrême besoin d’uniformisation crée des problèmes assez conséquents au sein des établissements scolaires…
L’auteur aborde le phénomène des ijime (littéralement intimidation, moquerie ), ces boucs émissaires qui sont agressés, rackettés, humiliés par leurs camarades, illustrant ces faits d’un proverbe japonais très évocateur affirmant qu’il faut frapper sur la tête de tout clou qui dépasse… Ces adolescents n’ont que peu de recours pour s’en sortir, les proviseurs étant trop préoccupés par les résultats, ils considèrent ces agressions comme dérisoires. Pourtant, les ijime comme beaucoup de Japonais vont parfois jusqu’à se suicider. L’héritage de la voie du guerrier n’est pour pas grand chose dans cette « vague » de suicides ( la plus importante au monde ) qui touche l’archipel, si ce n’est le sentiment de déshonneur qui s’empare des brimés. Victimes de leurs semblables eux-même victimes de cette éducation fondée sur l’uniformité et la compétition, ils sont comme les otaku le reflet d’un malaise recrudescent qui forme un cercle vicieux dans la société nippone. S’en suit le portrait d’un otaku passionné de dessins animés de monstres, pour la simple raison qu’il s’y identifie. Ils sont différents et ont le pouvoir de détruire tout ce qui symbolise ses détracteurs.
A défaut de pouvoir tout détruire, les otaku ont un grand pouvoir d’achat et comme vu précedemment, le marché en a conscience. Révoltés d’être utilisés et brimés à la fois, les otaku détournent leur système éducatif et s’en servent à leurs propres fins, se servant de leurs capacités de mémorisation pour des choses dérisoires, classant leurs idoles comme ils sont classés par l’hensachi, détournant les bandes dessinées dont ils sont fans et se moquent des médias.
A ce propos, l’auteur aborde le sujet des Masukomi (de « mass communication »), désignant par ce terme l’influence exhacerbée à l’excès des médias japonais. Il traite du matraquage médiatique quant à certains grands evenèments et de cette nécessité qu’ont les japonais d’emmagasiner le plus d’informations et d’actualités possibles pour ne pas perdre le fil des conversations. Semblable à l’otakisme, ce phénomène témoigne de l’importance de la compétition et de l’uniformisation dans les moeurs. Le ridicule de la suprématie des médias est démontré non sans une pointe d’humour avec l’exemple des photos de nue de l’idol Miyazawa Rie qui avaient créees une véritable frénésie dans l’archipel. Dans la foulée, il aborde à nouveau le cas de l’otaku meurtrier Miyazaki, dont le cas particulier fut généralisé par les médias, cataloguant tous les otaku comme des psychopates en puissance. Maintenant dissipé, ce malentendu a laissé place à une tolérance plus grande des otaku, comme en témoigne le surprenant chapitre consacré à un otaku promu professeur d’otakisme à la grande Université de Tôkyô. L’auteur achève cette deuxième partie sur des considérations prenant partie pour les otaku. Il affirme que la société qui les stigmatise est elle-même de plus en plus « otakisée », rappellant que leurs déviances existaient bien avant l’apparition du phénomène. Les otaku sont en quelque sorte au Japon ce que sont les ijime aux cours des lycées.

 L’otakaumisme, un autre symptôme du malaise japonais.

Cette troisième partie traite de la secte Aum, menée par Asahara Shôkô et responsable de la diffusion d’un gaz mortel dans les rames du métro tokyoïte en 1995. On pourrait s’interroger quant au lien entre otakisme et cette secte, mais il s’avère que tous deux sont des symptômes du malaise qui touche les jeunes japonais.
Se servant de la culture otaku et d’un mélange grossier entre différentes religions et autres thèses mystiques (prédictions de Nostradamus, etc…), le gourou Asahara recrutait des jeunes japonais issus des plus prestigieuses universités en manque de considération. Mûs par un besoin de reconnaissance, de communication et de compréhension de leur existence, ces jeunes personnes censées être brillantes se sont averées être de parfaites marionnettes entre les mains de ce gourou aveugle et mégalomaniaque. L’auteur explique cela par le fait que les japonais manquent pour la plupart cruellement de sens critique, à cause de leur éducation fondée sur l’apprentissage par coeur et les questionnaires à choix multiple. Il leur est donc difficile de faire la part les choses, de s’interroger sur le bien fondé de leurs actions. Ils ne peuvent croire les générations précédentes et Barral accuse en effet le Ministère de l’Education japonais de se déculpabiliser des crimes commis par le pays dans le passé, en atténuant les faits dans les livres d’histoire. Orgueilleux, le collectif japonais semble préférer cacher ses travers ou les stigmatiser, laissant la génération du virtuel livrée à elle-même et à ses interrogations…

 Si tous les Otaku du monde. Les parias du Japon actuel imités de par le monde.

Pour conclure, Barral démontre que l’otakisme ne s’arrête pas au Japon, mais qu’il prend une ampleur internationale. Néanmoins, même si la ferveur pour la culture populaire du Japon grandit, l’otakisme japonais est bel et bien un phénomène à part entière, de par ses causes profondément ancrées dans l’histoire et la mentalité du pays. De par le monde, c’est surtout une étrange nostalgie de l’enfance qui s’installe chez la génération des 20 à 30 ans de nos pays occidentalisés.

Il y a bien peu à analyser dans cette oeuvre tant elle constitue en soi une véritable analyse sociologique de la culture japonaise moderne. Néanmoins, je peux affirmer que cette oeuvre m’a fait voir les causes plus profondes de l’otakisme, et m’en a appris plus sur des faits que je ne savais que de manière anecdotique.
L’otakisme constitue pour moi l’une des centaines de dérives qui sont naturelles dans nos sociétés humaines, si complexes et peu soucieuses des réelles aspirations des individus. A vouloir façonner les hommes selon une image bien précise, on ne fait que réveiller ses pulsions les plus primaires. A l’image des livres de Murasaki Ryu, auteur sombre qui nous livre sa vision pessimiste d’un Japon névrosé ou encore des films sociaux de Kitano Takeshi tels Dolls, abordant entre autres l’histoire d’un otaku qui va jusqu’à se crever les yeux pour son idol préféré ou Kids return, qui traite du destin de deux lycéens laissés pour compte par le système éducatif, Otaku les enfants du virtuel dépeint un Japon moderne bien loin des récits épiques et nobles de samouraïs. Tiraillé depuis l’ère Meiji et plus encore depuis la Seconde Guerre Mondiale, entre ses valeurs traditionnelles et l’industrialisation apportée par l’Occident, encore souillé des blessures d’Hiroshima et Nagasaki et honteux des horreurs commises en Mandchourie entre autres, ce Japon vacillant du début du XXIe siècle tente désespérement de maintenir une image de force et de stabilité. Les otaku et leur culture populaire basée sur l’enfance et le fantasme, sont comme les symboles du mal sous-jacent de ce pays profondément nostalgique et cet ouvrage en fait une belle démonstration.
De plus, on peut étendre les problèmes soulevés dans ce livre au reste des pays industrialisés, même en France, l’on peut remarquer que les médias prennent une place extrêmement importante chez beaucoup de personnes, qui consomment à outrance et se désintéressent de plus en plus de ce qui ne leur apporte pas un confort immédiat et ephemère. Les publicités nous promettent bonheur immédiat à grand renfort de produits inutiles et jeunesse éternelle à grand renfort de cosmétiques. La nostalgie de la jeunesse et la peur de vieillir sont plus que d’actualité en cette époque de plus en plus scientifique et empiriste, dans laquelle la spiritualité ne rassure plus autant. Le virtuel constituerait-il un moyen de s’assurer la prosperité ou du moins d’oublier notre condition mortelle ?

Ma note ♥♥♥

  • Un ouvrage datant de 1999 dont le thème est de plus en plus d’actualité, très complet pour un auteur soucieux de livrer une image différente de l’otaku et d’en déterminer sans a prioris les origines.
  • Néanmoins, le découpage du livre est parfois maladroit, on a beaucoup de répétitions ou de retours en arrière, les mêmes thèmes abordés ou revus à plusieurs reprises dans des chapitres différents.

Fiche technique

Auteur : Etienne Barral
Titre original :
OTAKU, les enfants du virtuel 
Année :
1999 
Genre :
Sociologie
Environ 315 pages, éditions DeNoël  ou J’ai Lu.