La vendetta d’un homme libre

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit sur un film. Ces temps-ci, la cadence (et le retard) avec lesquels je les regarde m’en ont empêchée. Je ne vais pas être originale en vous proposant au menu du western spaghetti arrosé d’une tonne d’hémoglobine à la Kurosawa. Bref, en parlant du dernier film de Quentin Tarantino, Django Unchained. Un article pour habituer à nouveau ma plume usée à gribouiller sur le 7ème art.

King Schultz
(C.Waltz)

C’est surtout pour moi (comme pour beaucoup) l’occasion de revoir l’interprète de l’ignoble mais très charismatique Colonel Hans Landa, personnage d’Inglorious Basterds (2009), le brillant Christoph Waltz. On a les mêmes ingrédients, un personnage intelligent, raffiné, cultivé et dont l’aisance à manier différentes langues semble fasciner Tarantino autant que nous. C’est sûrement ce qui a poussé notre réalisateur amoureux  de longues diatribes à collaborer à nouveau avec Waltz.

Le Docteur King Schultz, ancien dentiste devenu chasseur de têtes pour l’État, tout en étant un homme progressiste et empathique, va être l’élément déclencheur à la libération de ses chaînes du personnage principal, Django (Jamie Foxx), esclave à la recherche de sa dulcinée qui va s’avérer être un partenaire très doué dans le crime « légal ». Ils seront amenés à faire affaire avec l’esclavagiste « francophile » Calvin Candie (joué avec brio par un Leonardo DiCaprio transformé) un personnage jubilatoire haut en couleurs qui sous ses airs raffinés cache un esprit sadique et superficiel, un enfant gâté paterné par son servile serpent de serviteur, Steven (excellent Samuel L. Jackson).

Calvin Candie (L.DiCaprio)

Beaucoup critiquent Tarantino pour ses grosses approximations et anachronismes historiques. L’on dira qu’il n’était pas si rare avant la guerre de Sécession de voir déjà dans le Sud des personnes noires sur des chevaux, ou bien que les gens ne s’exprimaient pas de telle ou telle façon. Mais comme pour son précédent film, ce n’est pas d’Histoire avec grand H dont il est question, mais plutôt d’histoire dans le sens de la narration. Car comme Bill (dans Kill Bill) ou Schultz qui au coin d’un feu content une fable à un interlocuteur tout ouïe, Quentin aime narrer l’histoire à sa façon, celle d’un gosse amoureux de cinéma, et tout est fait pour que les férus y trouvent leur compte. De l’apparition de guests de toutes les générations télévisuelles jusqu’aux clins d’œil aux Django originaux, derrière l’aspect tragicomique et extrêmement violent du film, si l’on s’attarde sur les détails, l’on se rend compte que l’univers de Tarantino est une mosaïque d’influences dont il ne se cache pas, au contraire.

« Django. Le D est muet » dit Django (J.Foxx) ; « Je sais », répond Vessepi,  joué par Franco Nero, l’interprète du Django original (1966)

Et justement, dans le cadre d’un film, tout est possible. Même de réécrire l’histoire, de se venger d’atrocités commises au moyen d’une réalité alternative. Dans Inglorious Basterds, c’était la jeune juive Shoshanna qui nous offrait ce spectacle, et Django fait la part belle à un esclave de l’Amérique post-coloniale, qui libéré de ses chaînes se déchaîne contre les opulents esclavagistes.

Pour moi, Django, c’est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir des facettes du cinéma qui m’étaient peu connues. Un Tarantino, c’est comme un restaurant de cuisine fusion où les palais non préparés découvrent en douceur de nouvelles saveurs qui se combinent à celles qu’ils connaissent déjà. Après, on aime ou on aime pas, mais ça ne laisse personne indifférent.

Tout n’est pas rose à Candieland néanmoins, et il y a dans la dernière demi-heure du film des actions des personnages qui me donnent l’impression d’être là pour mener à ces effusions rouges de partout, typiques du réalisateur, quand peut-être justement pour être surpris, aurions-nous aimé quelque chose de différent.

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